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Diplômes officiels

Projet 2018-2019 :Baruch SPINOZA (1632-1677)


Cours de philosophie

Le cours de philosophie en promotion sociale réunit des adultes de tous âges pendant une trentaine de soirées sur l'année.

Les seuls pré-requis sont la disposition à la rigueur, l'ouverture d'esprit et la curiosité concernant l'aventure humaine. Nul besoin de connaissances livresques pour démarrer.

Il s'agit d'apprendre à penser par soi-même et de découvrir méthodiquement les grandes questions de la philosophie occidentale ainsi que les auteurs qui les ont posées.

Cours 2018-19

Baruch SPINOZA (1632-1677)

SPINOZA nous parle de liberté, de vérité, de joie éternelle et essaye de tenir cela ensemble. Ce n'est pas courant chez un philosophe : pour certains, comme Kant ou Sartre, exercer sa liberté, c'est renoncer au bonheur. Vouloir la vérité, c'est préférer la lucidité aux illusions du bonheur et de l'amour. Pour d'autres, comme Nietzsche, l'affirmation de soi est plus importante que la vérité. Spinoza, lui, dit qu'on peut à la fois être lucide et heureux, vertueux et joyeux, libre et vrai.

Une des cibles de la philosophie de Nietzsche était la rupture avec une représentation dualiste du monde.

Avec son monisme métaphysique, nous verrons comment Spinoza, deux cents ans plus tôt chercha à dépasser le dualisme de Descartes.

Chez Nietzsche comme chez Spinoza l'éthique se construit à partir de la joie et vise la joie comme fin.

Nietzsche dénonce les valeurs tristes de l'homme du ressentiment,

et Spinoza identifie la tristesse comme un affect qui diminue notre puissance d'agir.

Se tourner vers la joie est source d'une éthique qui affirme la vie dans son immanence : elle entraîne le dépassement de la condition humaine (surhomme) chez Nietzsche, et l'augmentation de notre puissance d'agir pour Spinoza.

Voilà pour les liens avec le cours de l'an passé, consacré à Nietzsche.

Mais on peut aussi étudier Spinoza parce qu'il s'y entend fort bien à nous désillusionner. Il aurait pu utiliser son intelligence particulièrement aiguisée pour devenir riche ou séduire. Ou alors il aurait pu utiliser cette intelligence, comme tant d'autres, pour se raconter des histoires, afin de pouvoir se faire une haute idée de lui-même tout en satisfaisant de façon détournée l'aspiration de chacun au plaisir, à donner un sens à sa vie, à la reconnaissance, à l'immortalité... Or il démontre que la passion est essentiellement servitude, que la vie n'a pas de sens, qu'il n'y a pas de passion éternelle, qu'il n'y a pas d'immortalité possible du corps comme de l'âme...

Quel intérêt peut-il y avoir à se désillusionner avec Spinoza ? Il s'agit là de liberté car beaucoup préfèrent être dupes des illusions qu'ils se forgent. Mais il est également possible de préférer une désillusion lucide à un bonheur illusoire. Parce que quitte à vivre, autant vivre vraiment la vie telle qu'elle est que de vivre dans un paradis d'ombres, ce qui revient à ne pas vivre.

S'agit-il par là de pouvoir trouver la satisfaction d'être au dessus des autres, de ces médiocres qui préfèrent l'illusion à la liberté ? Ce serait mal lire Spinoza, lui qui montre qu'il n'y a pas de supériorité morale ou ontologique de celui qui y voit sur l'aveugle, de l'enfant sain sur l'enfant malade et donc du sage sur l'ignorant. Non, il s'agit simplement de se désillusionner pour vivre sa vie, telle qu'elle est, au lieu de l'imaginer. Cela suffit à qui veut la liberté, à qui veut simplement vivre.

D'ailleurs, si nous considérons la somme d'efforts nécessaires à se convaincre que nos illusions n'en sont pas, ne nous font elles pas finalement beaucoup plus souffrir que la lucidité ? A l'inverse, quand nous nous en sommes déchargés, comme la vie devient légère et simple ! On peut donc lire Spinoza pour se défaire de la servitude des illusions, pour vivre la vie telle qu'elle est et la vivre légèrement.

Lire Spinoza, c'est donc un moyen donc de soigner les souffrances mentales dues aux illusions, mais il s'agit surtout des souffrances ordinaires que l'on s'inflige ou que l'on en vient à infliger aux autres pour défendre nos chères illusions.

Du reste, "l'éthique" de Spinoza ne saurait se réduire à une thérapie. Une thérapie ne vise qu'à vaincre les causes d'une souffrance, à détruire ce qui me détruit. Mais il ne s'agit pas de se contenter de ne pas souffrir, de définir le bonheur comme une simple absence de souffrance. Vivre "légèrement" ne signifie pas ici vivre banalement, comme attaché au piquet de l'instant. Vivre sans la contrainte que génère l'illusion, c'est libérer la force d'exister, de s'affirmer et de cultiver cette force.

La joie de vivre est dynamisme : "augmentation de ma puissance d'exister" dit Spinoza. L'éthique de Spinoza ne propose rien moins que de donner accès à une joie éternelle et continuelle de vivre.

Aussi, il ne s'agit pas avec Spinoza de ne trouver son bonheur que dans une connaissance théorique de la nature et de l'homme. Se libérer des préjugés a une conséquence pratique : se libérer des servitudes et souffrances inutiles qu'ils génèrent. De même, juger de façon réfléchie a une conséquence pratique non moins évidente : celle d'ouvrir des perspectives, de vivre des choses qui auraient été impossibles autrement, du fait même qu'elles étaient ignorées ; et ensuite d'augmenter sa puissance de vivre en augmentant sa puissance de penser.

Enfin, étudier Spinoza consistera à explorer ces quelques questions :

· qu'en est-il du Dieu spinoziste : s'agit-il de diviniser la nature (panthéisme) ou de naturaliser Dieu (athéisme) ?

· Pourquoi Spinoza fut-il accusé d'athéisme ?

· Spinoza développe une éthique fondée sur l'identification de la liberté, de la vertu, et de la vie rationnelle : pourquoi fut-elle comprise comme une apologie de l'immoralité ?

Avec Spinoza il s'agira d'examiner les idées au travers desquelles nous vivons ordinairement, pour voir s'il ne s'agit pas là de préjugés qui nous asservissent et génèrent des souffrances inutiles et vaines. Pour tenter donc de vivre plus librement.

Une aventure humaine et intellectuelle passionnante, en toute liberté et dans la plus grande tolérance.

De 18h30 à 21 h, dès le 10 septembre.

Pour en savoir plus sur les conditions d'admission et les modalités pratiques, contactez le secrétariat de l' Institut de Promotion Sociale de la Communauté Française, avenue de la Toison d'or, 71
6900 Marche 084 / 32 16 46

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